CAPITELLO, STUDIO 65

Ce siège en forme de chapiteau ionique évoque sans conteste la ruine et la disparition des grandes civilisations antiques, à l’image du regard que les gens du contro-design [voir ci-dessous] portent alors sur la société de leur temps.

Le nom lui-même [capitello] évoque à la fois le mot chapiteau, la partie supé- rieure des colonnes classiques, mais aussi le capital en tant que somme d’argent.

Cette pièce se rattache à un ensemble [Colonna] en forme de colonne et composé de trois parties : une table d’appoint [Antica TL], une chaise [Antica] et un siège [Capitello]. Cette pièce, amplement commentée dans la presse spécialisée de l’époque, annonce le mouvement post-moderne des années 1980. Capitello fait d’ailleurs l’objet d’une réédition en 500 exemplaires en 1986.

 

STUDIO  65

Franco Audrito [1943-], alors étudiant en architecture et peintre, fonde le Studio 65 à Turin en 1968. Il rassemble autour de lui un groupe de jeunes artistes que sont Roberta Garosci, Enzo Bertone, Paul Morello et Paolo Rondelli. Le logo du groupe est à lui seul un manifeste de leur vision qui se veut ironique et irrévérencieuse. D’abord, les lettres sont une déformation de la typographie des machines à écrire qui, à l’époque, sont le moyen d’écriture le plus classique et le plus conventionnel. Par ailleurs, ces lettres ne se déploient pas sur une horizontale mais affichent, au contraire, une joyeuse désorganisation. En outre, le chiffre 65 est écrit à moitié en lettres [sessanta / 60] et à moitié en chiffre [5]. Enfin, dernière et ultime pied de nez aux convenances : la césure au milieu du mot sessanta n’est pas placée au bon endroit et le trait d’union est dédoublé. La marque est donc une déclaration de guerre aux dogmes et au statu quo tout en cherchant à démasquer les valeurs idéologiques qui se cachent derrière, les démolir et, au final, proposer des expériences au moyen de formes nouvelles capables d’exprimer et d’interpréter l’angoisse du renouvellement que connaissait alors la jeunesse de la fin des années 60. C’est dans cette vision que le groupe se choisit comme mentors des personnes telles Alberto Asor Rosa, umberto Eco, Manfredo Tafuri, Robert Venturi et Peter Cook Archigram. Studio 65 est un des fers de lance du mouvement radical contro-design qui, lui aussi, entend dénoncer la société bourgeoise de l’époque.

 

LE CONTRO-DESIGN

Considérant le fait que le design rime alors avec capitalisme, le contro-design entend dénoncer par le biais du design lui-même le cauchemar - entre guillemets - que le capitalisme est parvenu à créer. De ce fait, les designers du contro-design conçoivent des objets - de nouveau entre guillemets - de mauvais goût, kitsch, encombrant, etc., et ce pour parasiter les intérieurs bourgeois et contester la dimension ostentatoire, voire bling-bling du design. on pourrait presque dire que leur objectif est de dégouter les gens du design, en rendant celui-ci aussi laid et envahissant que possible, et ce afin de démontrer combien le design est inutile et que d’autres valeurs, plus humaines, valent la peine que l’on s’investisse, tel l’Amour, la Vie, le sens de la cérémonie, la Mort aussi. Par ailleurs, ces designers du contro-design n’hésitent pas à utiliser des matériaux extrêmement polluant pour en dénoncer la toxicité, ou encore à faire référence à des cultures extra-européennes - comme l’Islam ou encore Malcom-X - en vue de

 protester contre la vision ethnocentrique occidentale de l’époque. un des exemples les plus frappant de ce contro-design est sans doute le siège Capitello conçu par Studio 65 et édité par la Maison Gufram en 1971.

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