MISS BLANCHE

SHIRO KURAMATA

Le nom de cette chaise, Miss Blanche, est un hommage à la robe portée par l’actrice Vivien Leigh [1913-1967] qui incarne Blanche Dubois dans le film Un Tramway nommé désir [1951], adapté de la pièce de théâtre éponyme [1947] de l’auteur américain Tennessee Williams. Blanche Dubois, personnage tragique, issue de l’aristocratie du sud, se retrouve, suite aux déboires financiers de sa famille, propulsée dans le milieu populaire et vulgaire où vit sa soeur. En complet décalage avec ce nouvel environnement, elle tente néanmoins de garder son idéal, sa pureté et son innocence. Elle refuse de se voir comme elle est et crée plutôt l’illusion de ce qui devrait être. C’est ce dernier point qu’illustre parfaitement cette chaise.
Figées dans un bloc d’acrylique [PMMA] qui a été coulé dans un moule, des fleurs artificielles semblent flotter dans l’espace. Grâce à ce matériau, Shiro Kuramata désire faire abstraction de la gravité, de la densité comme s’il cherchait à suggérer l’objet, dans une forme d’abstraction, plutôt que de le montrer. Shiro Kuramata induit l’idée que c’est un élément transparent, léger, voire aérien qui peut supporter, ou animer, notre propre poids ou notre densité et que cet élément invisible a peut-être même plus de poids et plus d’importance que la partie visible. Ce questionnement se traduit ici par la finesse des pieds métalliques qui soutiennent les 70 kilos de la structure en PMMA.

SHIRO KURAMATA [1934-1991] est un designer japonais basé à Tokyo. À partir de 1981, il participe aux activités du groupe Memphis. Ce sont celles-ci, ainsi que ses collaborations avec le créateur de mode Issey Miyake [1938-], qui le font connaître en Europe. Sa quête de simplicité, de pureté, voire d’une forme d’absolu, se traduit entre autres par une élimination de la gravité qu’il parvient à produire en perçant ses pièces - alors traversées par la lumière - ou encore en travaillant la transparence. Sur le plan technique, Shiro Kuramata fait une synthèse entre la tradition japonaise, les influences occidentales et les nouvelles technologies. Au lieu de faire usage de bambou, de bois, de laque ou d’acier, il choisit l’acrylique pour ses qualités optiques. Il en résulte des pièces poétiques dont les détails sont méticuleusement étudiés. 

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